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Le Maroc a besoin d’un plan anti-sécheresse, c’est urgent !


La sécheresse est là. C’est désormais une certitude. Le ciel nous envoie des signaux chaque jour dans ce sens. Les prévisions météorologiques le confirment. Les scientifiques qui s’intéressent au climat constatent une évolution nette dans le cycle climatique dans notre pays.



Par Abdeslam Seddiki.

planantisecheresse.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (2.58 Mo)

La sécheresse est là. C’est désormais une certitude. Le ciel nous envoie des signaux chaque jour dans ce sens. Les prévisions météorologiques le confirment. Les scientifiques qui s’intéressent au climat constatent une évolution nette dans le cycle climatique dans notre pays. Alors que par le passé, on avait en moyenne une année de sécheresse tous les dix ans, ce délai est divisé par près de trois, soit une année de sécheresse tous les 3-4 ans. 

Cette donnée structurelle nous impose de revoir un certain nombre de pratiques et de remettre en cause une série de politiques publiques à l’œuvre et en particulier notre rapport à l’eau et notre modèle de développement agricole. C’est un problème sérieux qui nécessite que l’on s’y arrête. Un problème qui mérite plus qu’une réunion des commissions parlementaires, mais un vrai débat national qui dépasserait le clivage majorité-opposition. 

Pour l’heure, face à l’urgence, le gouvernement doit sortir de son attentisme injustifié. Non pour nous dire qu’il « suit de près l’évolution de la situation », mais pour prendre des mesures concrètes et venir en aide à ceux qui souffrent dans la solitude, à ceux qui subissent dans l’indifférence les affres de la loi infernale de l’offre et de la demande, à ceux qui assistent impuissants à l’asséchement des sources d’eau et au manque patent du pâturage de leur maigre cheptel. Pour cela, le gouvernement n’a pas à imaginer des solutions, elles sont déjà là. 

Dans les tiroirs de l’administration.  On y trouve pas moins de cinq plans anti-sécheresse détaillés. Il faudrait, par conséquent, s’en inspirer en contextualisant et en y apportant quelques modifications en fonction des besoins exprimés par la population concernée et de l’ampleur du phénomène. D’autres informations sont disponibles auprès de l’administration territoriale qui suit au jour le jour la situation dans ses moindres détails. 

Il s’agit, à titre indicatif : d’assurer l’approvisionnement en eau potable des populations concernées aussi bien dans le monde rural que dans le monde urbain ; de sauvegarder le cheptel en distribuant des aliments gratuitement ou à des prix subventionnés aux paysans ; de créer des activités génératrices de revenus au bénéfice de la population rurale ; de reporter le remboursement des échéances du crédit agricole ….Le  tout doit être fait dans la transparence  et sans favoritisme aucun !

C’est l’occasion aussi de faire le point sur la mise en œuvre des différentes stratégies et plans nationaux de gestion de l’eau. Le dernier date de 2020 et couvre la période 2020-2050. On y trouve une masse considérable d’informations et des enveloppes financières consistantes.  Le programme national d’approvisionnement en eau potable et l’irrigation 2020-2027, prévoit une enveloppe globale de 115,4 MM DH destinée à agir à la fois sur l’offre et sur la demande. Au niveau de l’offre, l’effort portera sur   la poursuite de la construction des grands barrages et le lancement de 20 nouveaux ouvrages, la mise en œuvre de plans de dessalement de l’eau de mer avec la construction de trois nouvelles stations, la construction de barrages collinaires.

Au niveau de la demande, il est prévu :   la poursuite des efforts des opérateurs de distribution de l’eau potable pour l’amélioration des rendements des réseaux de distribution des villes et centres urbains ; la poursuite de la modernisation des réseaux d’irrigation et de la reconversion collective à l’irrigation localisée ; la réalisation de l’aménagement hydro-agricole des périmètres irrigués (plaine du Gharb et Saiss). En outre, et c’est un point particulièrement important, il est prévu l’épuration des eaux usées en vue notamment d’arroser les 21 terrains de golf dont il convient, soit dit en passant, de procéder à l’évaluation de leur rentabilité économique et leur utilité sociale.  Enfin, l’accent est mis sur la sensibilisation et la communication pour le changement de comportement visant le grand public. Qui trouvera à redire ? 

Si ce plan a l’air d’être parfait sans être exemplaire, on ne peut qu’espérer sa mise en œuvre effective dans les délais impartis.  Toutefois, il y a lieu de poser une problématique souvent ignorée et jamais débattue, à savoir la problématique de notre modèle de développement agricole en relation avec la « question hydraulique ». En effet, quand on sait que 85% de nos ressources disponibles en eaux sont utilisées dans l’agriculture, il est légitime de nous interroger sur la pertinence de ce modèle ainsi que les finalités de notre politique des barrages dans ce nouveau contexte de raréfaction des ressources hydriques. La logique des années 60 n’est plus valable de nos jours et ce à plusieurs points de vue. 

Ainsi, si nos ressources en eaux étaient de 2500 mètres cube par habitant dans les années 60, elles ne sont plus aujourd’hui que de 500 mètres cube.  Par ailleurs, il est utile de rappeler que le lancement de la politique des grands barrages dans les années 60 était intimement lié à l’objectif d’un million d’hectares à irriguer détenus essentiellement, faut-il le souligne, par les gros exploitants et dont la production est destinée en premier lieu à l’exportation. Le modèle agro-exportateur à l’œuvre est bâti sur les périmètres irrigués. Ce qui revient à dire qu’en exportant des produits agricoles, on exporte indirectement une ressource rare et un bien public, en l’occurrence l’eau, dont la population a énormément besoin.  

Or, le Maroc d’aujourd’hui n’est plus le même que celui d’antan : de nouvelles générations, de nouveaux besoins, une nouvelle constitution…Bref, on n’est plus dans la posture du Maroc tel qu’il a été analysé ni par Waterbury (Le Commandeur des Croyants) à travers le prisme de la théorie de la segmentarité, ni par Rémy Leveau (le fellah marocain défenseur du trône) en considérant la ruralité comme facteur déterminant.  Malheureusement, le Plan Maroc Vert tout comme la stratégie «Génération green 2020-2030 » qui lui a succédé sont restés prisonniers d’une vision passéiste et  n’ont pas intégré ces transformations qualitatives des structures socio-politiques et socio-économiques de notre pays.

Rédigé par Abdeslam Seddiki 



Mardi 15 Février 2022

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